A l’époque, j’étais encore étudiant. Bien qu’ayant plusieurs fois gouté, et même essayé de me forcé à continuer (sic) la cigarette, je ne fumais pas.

Ma première rencontre avec le cigare date du premier (ou était-ce le huit?) mai de 2004. La seule certitude est que c’était l’un de ces jours chômés, qui font planer sur la France du mois de mai un parfum de vacances.

A l’époque en classe prépa, nous logions dans des chambres semblables j’imagine aux cabines des sous mariniers. Certains d’entre nous, trop éloignés du domicile familial, ne pouvaient rentrer au bercail, pour s’offrir une journée au soleil en famille, avec une cuisine digne de ce nom, car ce jour férié tombait en pleine semaine.

Nous avons donc décidé de passer cet après midi d’été, dans le parc de la Tête d’Or, allongé dans l’herbe,  profitant du répit que les études voulaient bien nous laisser. L’un de nous avait proposé de fumer. Nous l’avions suivi chez un marchand de tabac pour acheter une boite de cigarillos Davidoff. Ces cigarillos avaient une portée symbolique. C’était à peu de frais, devenir Blondin dans le Bon, la Brute et le Truand. C’était un acte non pas de rébellion mais d’affirmation virile. Bref a l’époque, le cigare du cowboy.

Vue de Lyon depuis la Basilique de Fourvière de nuit

Puis l’année suivante, j’ai commencé à m’intéresser aux véritable cigares. Le premier fut un Roméo et Juliette n°3.

Ce petit cigare c’était une aventure dans un monde réservé aux banquiers, aux patrons: ceux qui aiment profiter des plaisirs de la vie et qui en ont les moyens. Je me souviens être allé à la civette, craignant d’être démasqué comme débutant, voulant éviter au maximum les questions du tôlier. Heureusement qu’il nous avait repéré et demandé si nous voulions qu’il coupe les cigares, j’aurais eu l’air malin sinon (à l’époque je ne savais même pas qu’il fallait couper un cigare, c’est dire!).

Après ce Roméo, il y eu d’autres cigares, plusieurs Macanudo Maduro, ainsi qu’un fameux Pléiades édition limitée cette année. Nous allions fumer nos vitoles sur les toits de l’internat, parfois gelés par le froid, en contemplant les lumières nocturnes de Lyon. Déjà à l’époque, fumer un cigare c’était faire partie d’un monde d’initiés, qui connaissent le plaisir qu’apporte le puro. C’était savourer à l’écart du monde un goût inconnu du commun des mortels. Fumant en général à l’écart, nous fumions cependant parfois en société, c’était alors l’occasion d’initier un profane, non sans satisfaction, lorsqu’il nous demander de tirer une bouffée. Cette attitude légèrement matuvu, je l’adoptais bien volontiers à l’époque, bien que je l’aie souvent trouvée ridicule lorsque je voyais d’autres apprentis fumeurs en soirée. J’avoue que depuis, je préfère fumer uniquement en privé, voire seul, mais en aucun cas en public.

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